Sortie dominicale en famille

mars 16, 2009

J’adore les sorties en famille, surtout quand c’est la frangine qui invite. Cette semaine, elle nous a traîné, mon frère et moi, à la manif du COBP contre la brutalité policière. Je sors de chez moi et à vue de nez, la température est idéale pour une marche dans la rue.

Je m’engouffre dans le métro avec du techno dans les oreilles. Il est 13h30. En entrant dans mon train, je croise des amis de Trois-Rivières qui sont descendus à Montréal pour la manif, et je croise plusieurs autres personnes qui semblent se diriger vers la manif. Entre la station Berri-UQAM et Sherbrooke, le métro s’arrête soudainement. On dit dans l’interphone qu’il s’agit d’un problème technique, que ça devrait bientôt être réglé. Nous attendons un bon 20 minutes et quelqu’un (qui ne ressemble pas du tout à un manifestant mais plus à un consommateur de chez Simons, mais who knows) décide de sortir sur la rame de métro et de courir jusqu’à la station Sherbrooke, qui est à 2 pas. Personne ne suit son exemple, ça peut être dangereux. On nous dit finalement dans l’interphone que nous allons reculer jusqu’à la station Berri et sortir. Le train commence à reculer un peu et s’arrête. Les lumières s’éteignent, l’air est chaud et asphyxiant. Un bébé pleure.

5 minutes plus tard, un opérateur vient dans notre wagon et nous demande une faveur troublante :
« Je sais que ça va vous paraître bizarre, mais j’ai un truc à vous demander… ».
Un gars à côté de moi s’exclame « C’est quoi, vous allez nous faire pousser le wagon?? ».
« …. Ben… En fait, on vous demanderait tous de pousser avec vos pieds sur le plancher pour donner un élan au train. Nous sommes sur un petit plateau et ça empêche le train de reculer, il manque juste un peu de distance pour que ça fonctionne… ».

Han?
Gros éclats de rire.
Sans plus de cérémonie, le type part et tout le monde se met à pousser avec ses pieds… Pas besoin d’avoir un Bac en physique pour comprendre que si tout le monde pousse sans être coordonné entre les wagons, ça ne fonctionnera pas. Et même à ça.

Finalement, les gens se dirigent vers le wagon du fond et nous descendons dans la rame de métro par un marche-pied tenu par un policier. Près du marche-pied je croise le p’tit frère (qui est déjà plus grand que moi) avec ses amis, on rit ensemble, on se dirige prestement vers la station Sherbrooke et je pars l’initiative de scander « À qui le métro? À nous le métro! ».

Plus tard, on apprend que la raison officielle de l’arrêt serait qu’un manifestant aurait actionné la sonnette d’alarme du métro. Euh? On aurait entendu une sonnerie non? Je ne suis habituellement pas fan des théories paranoïaques, mais là c’est un peu n’importe quoi et j’adhère à la thèse que le métro a été volontairement stoppé par les autorités à cause de la manif.

Nous arrivons finalement au point de rassemblement, dont toutes les entrées (y compris l’intérieur du métro Mont-Royal…) sont bloquées par les anti-émeutes qui arrêtent tous les gens qui ont des bannières ou des pancartes parce que c’est considéré comme dangereux même si ce n’est pas illégal. Issshh… Bonne façon d’échauffer un peu les esprits.

Je croise la frangine devant un cordon de policier sur Mont-Royal et elle me demande de tenir la bannière de devant parce qu’une des personnes qui la tient doit faire un truc. Je suis devant le cordon avec la bannière, les appareils photos flashent. Hum. On nous dit qu’on ne peut pas passer. L’autre fille qui tient la bannière me lance presque son bout en décampant et on me hurle « Trouve quelqu’un d’autre, on passe par l’autre bord! ». Euh. Bon. Ok. Je suis un peu perdue, ça hurle de partout et des gens lancent des trucs lourds sur le cordon de policier. Pas mon département, moi je lance juste des roses sur les policiers pendant ce genre manif. Je file vers l’autre bord avec la bannière. Les organisateurs me disent de me mettre en avant et une autre personne prend l’autre bout.

Je vois la personne. Ooooh shit. Un de mes vieux « ennemis politique » qui date de mon implication au cégep du Vieux. On n’en perd jamais une pour s’insulter, et il fait parti d’une organisation que je déteste et qui me le rend bien. Il me regarde, réalise qui je suis et me fait un grand sourire narquois. « Qu’est-ce que je ferais pas pour la famille, ein?? », que je lui hurle. Pourtant, pendant la demi-heure que le parcours a duré, c’était un de ces instants rares et cristallisés où nous sommes soudainement devenus solidaires dans ce qui se passait autour, à croire que le passé n’existait plus entre nous 2.

Nous déambulons sur Saint-Denis. Il fait beau, chaud. Les gens prennent une bière sur des terrasses et je caresse vaguement l’idée de faire ça moi aussi. Je suis de bonne humeur, tout est presque calme et on se croirait dans une manif normale. Toutefois, je l’ai appris par la suite, c’est l’apocalypse derrière, les gens cassent tout et les policiers divisent les manifestants. Un gars s’est même fait rouler sur la main par une voiture de police. C’est une manif très chaotique (entre autre à cause des policiers et de certains manifestants plus échauffés) qui est dure à diriger même si les organisateurs/trices sont présents pendant une partie de la manif.

Au coin Saint-Denis/Sherbrooke, la manif se splite en plusieurs morceaux. Je me promène un peu. Je vois un caméraman (de rad-can si je me souviens bien) avec un casque de hockey rouge écrit Press dessus, sur lequel sont recroquevillés un preneur de son et un journaliste bien vêtu. Ils avancent tous lentement, les genoux un peu fléchit et les 3 bien soudés. Je suis héberluée et hilare. Ben voyons donc! On est pas en Irak! Ou à Beyrouth.

Je cherche pour voir si il y a des arrestations de masse et voir si mon frère est dedans. Je vois un cordon de 20 policiers devant la station Sherbrooke. Je m’avance et je regarde derrière. Un des flic, débonnaire, me lance « Coudonc mademoiselle, êtes-vous en train de magasiner? ». Je me retourne en disant que je me cherche justement une matraque et je me promène devant eux en regardant leurs matraques et en commentant. Il a l’air de me trouver bien comique et me conseille de me « transformer en courant d’air » et en sous-entendant que je pourrais être arrêté. Je lui rétorque qu’il ne peut quand même pas m’arrêter parce que je suis sur le trottoir… Mais je m’éloigne quand même et il me lance un « bonne journée, mademoiselle! » plein de bonhomie. Presque sympathique.

Je marche vers l’Ouest et je tombe sur des amis, on se dirige vers Sainte-Catherine. Là, c’est le chaos. Un gros tas de gens sont encerclés et arrêtés, j’essaie de voir si j’en reconnais. On va ensuite vers la place des arts. Woa. Pleins de barricades, des morceaux de briques partout, etc. On glande un peu, on rigole des policiers qui sont dans le buidling Desjardins et on part vers le centre-sud manger.

Bon, c’était assez intense, je n’avais jamais vu ça. Pour citer le COBP :

« Dès le vendredi soir, la Gendarmerie Royale du Canada a réussi à convaincre le café-bar l’Escalier de fermer ses portes alors qu’une activité de financement pour le COBP y était organisée. Dimanche, avant même le départ de la marche, le ton était donné alors que de nombreux protestataires étaient fouillés illégalement, certains même brutalisés par des policiers dont le numéro de matricule était dissimulé. Au moins cinq individus ont d’ailleurs été arrêtés alors qu’ils n’enfreignaient aucune loi. Vingt minutes avant l’heure de ralliement, le métro de Montréal a été fermé entre les stations Berri-UQAM et Beaubien, et certains agents du SPVM en profitaient au métro Sherbrooke pour intimider et menacer de violences physiques quiconque irait à la manifestation. Malgré tous ces inconvénients et les discours démagogiques tenus par les responsables policiers la semaine dernière, le rassemblement a été le plus populeux de l’histoire du 15 mars, avec une participation minimale de 2000 personnes. ».

Toutefois, disons que certains manifestants n’ont pas fait dans la dentelle. Je trouve ça poche pour le COBP, qui planche sur d’autres dossiers pertinents mais qui voit son travail et sa crédibilité un peu détruits par ce genre d’attitude, et ça détourne l’attention sur d’autres enjeux que les revendications de la manif. Pour reciter le COBP :

« Nous espérons sincèrement que les médias prendront le temps de discuter sérieusement des graves enjeux que nous avons tenté de communiquer aujourd’hui à l’ensemble de la population. Le meurtre de Fredy Villanueva est certes chargé en émotion, mais il est surtout révélateur d’un problème plus large, l’impunité policière. Depuis 1987, 43 personnes ont été tuées par des agents du SPVM qui n’ont jamais été condamnés, dans aucun de ces cas, ni pour meurtre ni pour homicide involontaire. Depuis 2001, le Taser a été impliqué dans plus de 300 morts en Amérique du Nord. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec a aussi reconnu la police montréalaise coupable de profilage racial l’année dernière. Quotidiennement, les pauvres, les immigrants, les marginaux et les protestataires sont victimes d’abus illégitimes de la part des polices à travers le monde. Nous serons donc encore là, toute l’année, pour surveiller le travail des policiers et le 15 mars 2010 pour souligner la 14e Journée internationale contre la brutalité policière. ».

Mais en même temps, jusqu’à quel point peut-on contrôler ce qui se passe… Quand les manifestants sont encadrés par ceux-mêmes qu’ils dénoncent, c’est assez difficile.

MAJ : et pendant ce temps à New York.


Comment se trouver une job en 11 minutes sur Twitter

mars 11, 2009

Hier je me suis levée en me disant que j’allais me trouver un emploi. Je songeais vaguement aux trucs plates habituels que je toff seulement 2-3 mois (entre des jobs saisonnières plus le fun), c’est-à-dire les chaînes de restaurations, les clubs vidéos ou les maisons de sondages (l’hor-reur). L’idée de me promener dehors à l’affut des panneaux « Recherchons employés » m’enchantais peu, surtout que je suis barrée de la plupart des endroits facilement accessibles et précaires du centre-ville qui permettent de se trouver une job en une semaine.

J’ai donc décidé de rester derrière mon ordi avec un café et des cigarettes et je me suis dis à tout hasard que j’allais intégrer mes nouveaux skills en médias sociaux sur le web pour m’en trouver une, le tout dans le confort de ma cuisine. J’ai commencé par la base en updatant mon statut facebook et twitter « se cherche une job, des idées? ». Sur facebook plusieurs me conseillent l’ADQ, considérant que le poste de chef de parti est disponible. J’attend encore 5 minutes en lisant mon blogue préféré de c’est temps-ci. Paf, message privé sur Twitter, c’est Philippe Leroux de VDL 2 et il veut qu’on se voit le lendemain pour discuter de job. Woa. En 11 minutes. Je voue un culte infini au web. Dans ta face rue Saint-Denis, une nouvelle ère commence!

Le lendemain je me pointe au bureau, on discute et on regarde ce que je peux faire. Il me présente ensuite à quelques employés forts sympathiques, et commence le « show de vieux has-been », pour citer un autre has-been dont je tairais le nom à qui je racontais mes péripéties tout à l’heure. « Tu sais, en 1994, quand on était 15 à faire du web… ».

:)


Zap pour 12 piasses

mars 11, 2009

Je prête mon blogue pour faire de la promo à La nuit de la philosophie, qui organise un show inédit des Zapartistes le 21 mars à 20hre, à l’UQAM. Comme les billets sont seulement 12$, je me suis dis que ça pourrait en intéresser quelques uns!

Il y a toutes les informations détaillées ici, et vous pouvez joindre l’évènement Facebook pour le diffuser auprès de vos contacts!

Enjoy!


Discussion édifiante

mars 10, 2009

Etienne quelqu’unE peut me donner des nouvelles des profs UQAM ? 16:51 – Commenter – J’aimeJe n’aime plus – Afficher le feedback (20)Masquer le feedback (20) Vous aimez. Benoit Marsan, à 16:52 le 10 mars Oui, ta mere ! Etienne D-b, à 16:53 le 10 mars Fuck j’avais pas pensé à ça! Hugo Desgagné, à 16:54 le 10 mars Grève 5 jours la semaine prochaine! À moins de déblocage…ce qui serait surprenant! Etienne D-b, à 16:55 le 10 mars C’est revenu à la mode “ta mère”, je me souviens en 96 on disait ça dans le parc avec les chums du quartier… Etienne D-b, à 16:56 le 10 mars Faque là on fait quoi ? Une grève étudiante ? Avec une grève SÉTUE ? Avec une grève du SCFP ? Suivi d’une grève presque générale infinie ? Etienne D-b, à 16:57 le 10 mars Lutte des classes stie!? Hugo Desgagné, à 16:57 le 10 mars moi j’dis qu’on brûle l’institution…tabula rasa puis mise ne place d’une vraie université populaire… Etienne D-b, à 16:58 le 10 mars C’est une métaphore j’imagine… Benoit Marsan, à 16:58 le 10 mars Ou ca… Dans le hood de St-Michel… Hugo Desgagné, à 16:59 le 10 mars fuck yeah…pis fuck the school aussi!! ta mère!! Etienne D-b, à 16:59 le 10 mars C’est le temps d’un front commun contre les projets de loi sur la Gouvernance ? Benoit Marsan, à 17:00 le 10 mars Faut pas rire, c parti d’un signet, ensuite d’un foulard, greve rotative, greve de 5 jours, on va p-e arrive a une greve illimitee d’ici 2025 !!! Etienne D-b, à 17:00 le 10 mars Oui, là où j’ai grandi. Fuck the world stie! Hugo Desgagné, à 17:00 le 10 mars j’aimerais bien voir cela….c’est tellement «front commun» l’UQAM! Hugo Desgagné, à 17:01 le 10 mars étapisme camarade, étapisme! Benoit Marsan, à 17:01 le 10 mars Criss, j’ai jamais vu un wall se remplir aussi vite et avec si peu d’interlocuteurs ! Anne-Marie Provost, à 17:01 le 10 mars My God vous êtes tellement édifiant! Etienne D-b, à 17:02 le 10 mars Ben, la tactique de l’escalade des moyens de pression que tu as implanté à l’ASSÉ semble porter fruit chez les profs. ;) Etienne D-b, à 17:02 le 10 mars Provost tu nous fait un blogue avec ça ? ;) Hugo Desgagné, à 17:03 le 10 mars escalade…c’est un peu rough…je dirais plus un léger faux plat vers quelque chose Benoit Marsan, à 17:03 le 10 mars Faudrait que je chie une auto-critique de mon passe frontiste et interclassiste d’ailleurs. Je pourrais faire ca lors du prochain camp de formation et briser leurs belles illusions ! Anne-Marie Provost, à 17:03 le 10 mars Ouais attend


Culture participative?

mars 9, 2009

Un article que Simon Tremblay-Pepin et moi avons écrit il y a quelques temps, mais il n’est pas passé dans la lettre ouverte du devoir et de la prese donc je le publie ici! Sujet moins d’actualité, mais bon…

Consultations pré-budgétaires sur le Web

Culture participative?

Le 13 février dernier, le ministère des Finances a annoncé le début des consultations prébudgétaires sur Internet en invitant les citoyen-ne-s à remplir un questionnaire sur le web. Certains ont présenté cette consultation comme un pas en avant, alors que, pourtant, les limites de l’exercice sont telles qu’elles font la démonstration de l’échec du « consultationnisme ».

Une série de questions dirigées

Pour participer, nous devons nous rendre sur le site web du ministère, qui soumet un questionnaire contenant une série de six questions. La dernière porte uniquement sur l’âge et le sexe du répondant, alors que la cinquième est facultative : on demande votre avis sur « les autres actions qui pourraient être entreprises par le gouvernement afin de bâtir le Québec de demain ? »… en 250 mots.

Le centre de la consultation tient donc en quatre questions. On vous demande d’abord, à des fins statistiques, si vous avez été touchés par la crise et comment. La deuxième question vise à savoir comment le gouvernement pourrait combattre la crise. Le choix de réponse permet de sélectionner un des trois thèmes mis de l’avant par le ministère lors de l’énoncé économique de janvier, ou d’offrir une réponse « Autre » et d’expliquer en 150 mots comment réaliser votre proposition. Outre le choix de réponse dirigé, cette question est celle qui laisse le plus de place aux citoyen-ne-s.

Les deux questions suivantes montrent le vrai visage de cet exercice prétendument démocratique. La troisième vous demande de choisir vos trois priorités pour « atténuer les impacts de la crise économique sur les finances publiques » parmi les choix suivants : couper dans les programmes sociaux, augmenter les tarifs ou suspendre les versements au fonds des générations. Aucune possibilité de proposer autre chose. Si, par exemple, vous pensez qu’on ne doit en aucun cas couper dans les programmes sociaux, vous devez arrêter d’être « consulté » à ce moment-là car le ministère ne veut même pas vous entendre.

La quatrième question est tout simplement un concours de popularité entre les dernières mesures adoptées par le gouvernement du Québec. On vous demande de choisir entre des grands projets du gouvernement que le parti libéral mettait déjà de l’avant lors des élections de l’automne dernier (Plan Nord, entente France-Québec, accord sur la mobilité, etc.). L’équivalent d’un vote par applaudissement, en somme.

Participation?

La simple lecture des questions montre que le ministère est prêt à consulter dans la mesure où on lui donne les réponses qu’il veut entendre. Que fera-t-il ensuite de ces réponses? Aucune obligation ne le lie à ce qu’il reçoit de la population, dont il pourra se servir pour justifier ses décisions à volonté, mettant à l’écart les critiques ou les désaccords.

Tout cela se transforme, au final, en une entreprise de relations publiques dans laquelle le gouvernement du Québec tente de paraître « à la page » et « à l’écoute » du Québec. Rappelons que quand la population descend dans la rue pour conserver une montagne, obtenir de meilleures conditions de travail ou s’opposer à une centrale au gaz, ce même gouvernement fait la sourde oreille ou répond à coups de décrets.

Cette attitude est symptomatique d’une certaine vision de la démocratie. Ici, on consent momentanément à « tendre l’oreille » vers la population. Celle-ci n’a aucun pouvoir décisionnel et se lassera vite de participer à des exercices sans conséquences. On lui reprochera ensuite volontiers son apathie et son cynisme, qu’on aura pourtant largement créé à force d’espoirs déçus et de « consultations » qui ne changent rien.

Les exemples de participation à la prise de décision politique sont pourtant nombreux. On pense aux budgets participatifs (dont on est bien loin ici), mais aussi à des expériences démocratiques locales très intéressantes qui ont lieu actuellement en Amérique latine. Ces expériences redonnent à la population du contrôle sur sa vie et lui permet de participer à la prise de décision en tant que telle, et non seulement d’émettre ici et là son opinion.

Non content d’avoir transformé la politique électorale en cirque où les engagements n’ont plus de portée ni d’intérêt, voilà que notre establishment politique, voulant singer le succès d’Obama, transforme la démocratie participative en une consultation bidon sur le web. Ceux qui applaudissent devant cette « avancée » pour la politique 2.0  ne voient pas en quoi un tel faux-pas est en fait un recul de plus. Cette consultation ineffective vient légitimer une stratégie déjà écrite dont l’échec inévitable sera expliqué par les « lois naturelles » du marché, à propos desquelles aucune consultation n’est d’ailleurs prévue.


Recycling story 2

mars 4, 2009

Yah, j’ai réussi!

Il n’y a rien de tel que d’avoir les 2 pieds sur un coussin, confortablement enfoncée dans un fauteuil avec la bière de la fin d’une dure journée de labeur et le corps tout réchauffé par une douche chaude… Pour se faire appeler par une amie, discuter de politique étudiante tout en potinant et perdre le fil du chouette billet qu’on voulait écrire sur c’est comment travailler dans le recyclage aux jeux du Québec.

Ok je me lance. Ok je vais fumer une cigarette avant.

Hya. Bon. Je travaille sporadiquement comme cheffe d’équipe pour une entreprise d’économie sociale spécialisée dans la gestion de matières dans les grands évènements au Québec, genre le Nascar ou le festival équestre de Valleyfield. On s’y amuse beaucoup, même si il y a quelques ratés qui ressemblent à ça.

La cie a loué une maison à Blainville durant les jeux du Québec. Cette ville et celles autour (Sainte-Thérèse, Rosemère) semblent avoir été conçues par des urbanistes adoptant le style « flaque de vomis étalée », qui caractérise d’ailleurs de façon alarmante certaines parties du territoire québécois : quartiers résidentiels standardisés (le Royaume du Public-sac, pour citer un des chef d’équipe) avec quelques centres éparts traversés par des boulevards pleins de Mail et de « Faubourg », des concessionnaires de chars, des dépanneurs et des fast-food, ainsi que les inévitables commerces à l’architecture déprimante. Bien sûr, ce genre d’endroit est le paradis du déplacement à voiture et est agencé comme tel.

J’ai pu voir ce coin relativement en détails car les jeux du Québec se déroulent sur plusieurs sites distancés l’un de l’autre dans le triangles des villes sus mentionnées. Notre activité verte se divise en 2 : faire la tournée des bacs de recyclages dispersés dans notre zone pour les vider et, surtout, aider les gens à faire le tri des cabarets à la cafétéria dans 4 types de bac. Il y a le compost, les ustensiles, les autres matières recyclables (plastique, verre, carton, aluminium, tétra-pack, etc) et la poubelle. À côté de nous, il y a habituellement un set de matantes sympathiques du club de l’âge d’or qui lavent les cabarets une fois vidés. Elles papotent la plupart du temps sur leurs petits-enfants qui viennent de se marier.

Durant mes 2 premières journées (je fais de 6hre à 15hre) dans ma zone, l’évènement marquant était le chef organisateur de ma zone, qui me traquait sans relâche parce que je n’avais pas mon accréditation (genre de badge qu’on s’attache autour du cou pour autoriser notre présence sur le site des jeux). À chaque fois qu’il me croisait il me rappelait de la faire faire en me disant qu’il « allait en référer au central », et dressait ensuite à haute voix aux gens autour de lui un portrait peu édifiant de cette-jeune-femme-du-recyclage-qui-n’a-toujours-pas-son-accréditation-mais-qu’on-reconnait-quand-même-grâce-à-sa-tuque-rouge-faque-on-est-gentil-et-on-la-laisse-entrer-mais-Dieu-qu’elle-n’a-pas-d’allure. Fasciste. Si tu me laisses pas entrer, ta cafétéria va exploser de déchets.

Il y a aussi des gens sympathiques, comme le concierge ou bien les athlètes et les bénévoles. Ils ont vraiment l’air heureux qu’on fasse tout ça, surtout les athlètes. Il y a un aspect intéressant dans cet événement que je retrouve peu dans les autres : une plus grande responsibilisation et autonomie de chaque personne par rapport aux déchets et aux matières recyclables.

Habituellement, on se statche derrière les mouvements de la foule pour ratisser au fur et à mesure toutes les matières qu’elle laisse traîner (par terre ou dans des estrades). On dirait que les gens laissent tomber leurs déchets et qu’ils oublient que ça existe. « Je te laisse là, tu disparais de mon champs sensoriel donc tu n’existes plus. ».
Et pour citer Gorz :

 « À force de monétariser, de professionaliser, de transformer en emplois les rares activités d’autoproductions et d’autoservices que nous assumons nous-mêmes, ne réduit-on pas, jusqu’à finalement l’anéantir, notre capacité à nous prendre en charge nous-mêmes, sapant ainsi les fondements de l’autonomie existentielle mais aussi les fondements de la socialité vécue et du tissu relationnel? »

Exemple concret : on peut passer environ 8 heures dans un événement à ramasser les matières que les gens laissent traîner (le pire que j’ai vu est le Grand Prix du Canada à Montréal). On me paye pour faire une action à la place des autres. C’est plein de petites secondes accumulées par chaque individu qui ne jette pas ses trucs dans les bacs, et la société débourse pour ça. C’est assez fou quand on y pense.
Ici, les gens font eux-mêmes le tri de leurs cabarets et des déchets et du recyclage dans leur chambre. On a l’impression de réellement sensibiliser…


Recycling story 1

mars 4, 2009

Je suis actuellement aux Jeux du Québec à Blainville/Sainte-Thérère/Rosemère pour faire du recyclage/compost dans les cafétérias et sur les sites de compétition. J’ai écrit un billet hier sur ça, mais j’ai certains problèmes pour trouver une connexion qui s’ajuste à mon laptop et une clé USB. Le billet va donc attendre, mais j’ai quand même envie de vous pondre des extraits de discussions qui parsèment mes journées. Je suis dans une longue pause avant le dîner donc ça me donne quelque chose à faire…

Extrait d’une discussion avec des gars dont la job habituelle est de faire des pavés, et qui lavent bénévolement les cabarets à côté de moi:

Moi : “Tu n’as jamais considéré l’idée de coucher avec un homme pour voir c’est comment?”

Gars #1 : Face de dégoût ” Non, l’idée ne m’a jamais traversé l’esprit!!”

Gars #2 : “De quoi vous parlez?”

Moi : “Je considère la pertinence de l’idée de coucher avec quelqu’un du même sexe que soi.”

Gars #2 : L’air de me trouver louche :”Tu y a déjà pensé, tu l’as déjà fait toi?”

Moi : “Oui, plusieurs fois.”

Gars #1 : demandant à être rassuré “Mais t’aime mieux juste coucher avec les hommes finalement hein??”

Moi : “J’aime mieux les hommes je pense, mais c’est le fun avec une femme de temps en temps.”

Étrangement, ils étaient moins sympathiques avec moi après. Avant cette discussion je leur parlais des différences que j’ai remarqué entre les bars de danseuses et de danseurs, ça les intéressait plus. Vive Blainville.

Le concierge de l’école secondaire où je travaille, qui est un être formidable :

Il est sur sa genre de zamboni, dont la fonction est supposée être de nettoyer les planchers.
Moi :”Ouin, tu travailles fort!”

Concierge :”Ouais, ça me tente pas de marcher pour aller à l’autre bout du couloir.”

Moi :”Le travail, c’est un cadavre.”

Lui :”En plein ça!”

Une bénévole et moi sommes en train de regarder l’entraîneur d’haltérophilie d’une délégation, qui est énorme :

Moi : “Comment quelqu’un d’aussi gros peut-il être entraîneur? Il n’a probablement jamais fait de sports de sa vie!”

La bénévole : “Peut-être qu’il se soulève lui même, et qu’il entraîne ses jeunes à le soulever…”

Devant le bac roulant de compost :
Athlète : “Le bol va dans le compost? Mais il a l’air d’être en plastique!”

Moi : “Il est en amidon de maïs, regarde le sigle en dessous. Il est donc bio-dégradable.”

Lui : “Ça veut tu dire qu’on peut le manger?”

Le concierge, qui moppe derrière mes bacs :
Lui : “Ciboire, tu me donnes de la job en criss!”

Moi : “Bah tsé, si je trashais pas un peu mon entourage, tu n’aurais rien à nettoyer donc tu n’aurais plus de sens à ton existence!”

Lui : “Baveuse… Si tu continues je te jette dans ton conteneur dehors.”

Moi : “Si tu fais ça, je cours dans tous les couloirs pour déchirer tes sacs de poubelle et je répand le contenu partout.”

Lui : “Tu feras ça, je m’en fou, je demanderai au gars de soir de nettoyer.”


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