Se parler à coup de pixels

novembre 27, 2009

Dans ce billet qui résume bien le chemin web par lequel plusieurs personnes de ma tranche d’âge sont passées, mon coloc nous explique sa vision de l’intégration du web dans notre vie de tous les jours. Peu longtemps après suit la réplique du chum à mon ancienne coloc et bonne amie, gérant d’estrade certifié mais intéressant et agréable de conversation tout de même.

Coloc fait parti de la génération Y et affirme qu’internet lui est en quelque sorte maintenant indispensable, surtout quand il est question d’acheter la saison 7 de WestWing. L’autre fait parti de la fin de la génération X, et affirme pouvoir assez bien se passer du web. Il glisse même une allusion sur le fait que pour lui, téléphoner, « C’est plus personnel ». Tout ça me fait penser à une discussion sous un article que j’avais publié sur Facebook, où le camarade Eric Martin a affirmé assez justement qu’ « il faut poser avant tout notre rapport à la technologie et analyser ses effets immédiats et à venir sur la société et la nature ».

Vaste programme. Ça me fait penser à ce vidéo satyrique français, qui aborde la réflexion du buzz et du temps réel.

La question de l’instantanéité créée par la technologie pose une réflexion sociale intéressante. Nos désirs et pensées sont maintenant diffusés et comblés beaucoup plus rapidement. Mettons que je lis à quelque part sur le net que le livre de Twilight est ben le fun. Je peux aller sur un site comme Amazone et me le procurer très rapidement, alors que se déplacer physiquement peut soit entraîner une baisse de motivation à l’acheter, un oubli, ou bien on réalise que finalement au fond ce livre nous intéresse peu. L’espace de distanciation entre les aléas du monde et nos pulsions est donc fortement réduit.

On peut faire le pont en parlant de la question de l’identité numérique, des communautés et des espaces de conversation/rassemblement qui en découle. Coloc nous dit qu’il veut que certaines de ses données restent privées, et il en veut aux pubs ciblées de Facebook qui utilisent certaines informations de la base de donnée de Facebook. J’irai encore plus loin en affirmant qu’il y a d’autres stratégies de marketing qui utilisent les communautés sur les réseaux sociaux. On fait une cartographie de la blogosphère et de ses leaders, on pense en terme de mot-clés sur Twitter et Facebook pour rejoindre et converser avec des gens, etc. Bref, le choix disons, identitaire, de joindre publiquement sur Facebook un groupe sur le plein-air, de mentionner le mot Budweiser sur Twitter ou de parler de théâtre sur son blogue peu faire de nous la cible du marketing 2.0.

C’est clair que le web est un terrain de jeu pour le privé. L’Open source peut faire un contre-poids intéressant tout comme une utilisation politique. Mais bon fondamentalement, les technologies modifient notre lien social. On redéfinit le concept de frontières entre les communautés, on peut parler avec 3 ou 4 personnes à la fois tout en lisant un texte, on développe une mentalité de réseaux, on rejoint plus rapidement les gens, le monde tournoit de plus en plus vite et nous aussi… Bientôt, j’ai l’impression que le futur va nous tomber dessus avant même qu’on ait eu le temps de vivre le présent.


L’équivocité du tag

janvier 31, 2009

Les institutions d’enseignements comptent toujours 2-3 freak dans leur corps professoral, qui ont toujours l’air d’évoluer dans un autre champ perceptif que la « normalité », une autre strate de la réalité que le simple profane a parfois de la difficulté à défricher.

Non seulement ce type de professeurs tient des théories étranges, mais la façon dont ils conçoivent leur cours en est représentative, tout comme leurs intéractions en général. Le premier du genre qui a croisé ma vie est un prof de métho/historiographie au cégep du Vieux Montréal, lors de ma première session en histoire et civilisation. Un type complètement sauté, dans le bon sens du terme. Son leitmotiv était que « le postulat est à la science ce que le dogme est à la religion », et il faisait toujours de sempiternels jeux de mots ou de sonorité avec les noms d’historiens : Cicéron c’est pas carré, Toynbee or not Toynbee, Bôôdin… Il soutenait être un péri-para-néo-anti-postmoderniste, et ponctuait ses interventions avec des quote de chansons de Led Zeppelin, sa préférée étant Cause you know sometimes words have two meanings. Notre examen de fin de session consistait à réfuter une thèse d’un historien assez connu (Paul Veyne) sur l’historiographie. C’est donc dire que sa priorité numéro un était de stimuler notre esprit critique et une vague pédanterie chez ses étudiants.

Lors de ma première session en science-politique, je suis tombée sur un professeur de recherche et méthodologie encore plus étrange. Apparemment, le sujet supposément sérieux et structurant qu’est la méthodologie en science humaine attire les éclatés de tout accabit. On dirait qu’il existe 2 catégories générales de prof de métho : celle où les profs t’enseignent la logique hypothético-inductive et dérive sur le pouvoir informel dans les strutures hiérarchiques pour finalement te balancer que l’affect est le ciment de la communauté sociale, alors que l’autre catégorie discoure platement sur la supposée neutralité qu’il faut atteindre avec la question de recherche et tente de nous inculquer de bonnes valeurs positivistes.

Au premier cours, le prof uqamien commence vaguement à nous parler du plan de cours, il a l’air de trouver ça aussi ennuyant que n’importe quelle personne normalement constituée qui doit subir cette explication à chaque début de session. C’est probablement pour ça qu’il s’est permis de provoquer un peu en mettant cette citation sur la première page du plan : “Rigueur scientifique, méthode de vérification, approches rigoureuses, vérité, réalité, critère de pertinence, faits, évènements, individus, etc. À quoi rime cette quête? À rien puisque la mort vient tout gommer. Ne perdons pas notre temps dans une quête vaine et inutile. On ne sera pas plus vivant; on n’existera pas davantage. Au contraire. Tout ça, c’est aussi la mort!”. Aie-je besoin de préciser qu’il pine des citations de Cioran sur le babillard à côté de la porte de son bureau?

Ensuite il nous explique comment il perçoit le l’espace-temps du cours et de sa classe. En fait, ce n’est pas sa classe, c’est notre classe. Les seules règles sont le respects dans les interventions, et on peut soutenir n’importe quelle thèse, quelle soit rasciste ou non, mais en assumer les conséquences. Il commence alors à discourir sur le politique et la science, ce qui nous permet de jauger sa méthode pédagogique.

La maïeutique, appliquée dans ses extrêmes. Par extrêmes, je veux dire qu’il ne fait pas comme la majorité des profs qui posent des questions à la classe seulement pour tester leur connaissance factuelles sur certains points, du genre « Que s’est-il passé en 1453? ». Non, avec lui, on peut faire dériver le cours où on veut. Il veut qu’on le confronte, qu’on fasse des liens vers d’autres concepts ou situations, bref qu’on dérive en dehors du cadre du cours pour y mettre un peu de nous. Il veut savoir ce qu’on pense, pour vrai, mais en même temps il nous guide comme un bateau de Christophe Colomb. Imaginez un rond. Il pose un point à quelque part et commence à zizgaguer dans plusieurs directions dans le rond à partir du point de départ, ce qui éclaire un peu l’ensemble. Au fur et à mesure qu’il prend une direction on voit qu’on peut l’amener ailleurs pour éclairer autre chose, et il nous laisse faire dans une certaine mesure. C’est vraiment de l’art.

Mais bon, apparemment, les paroles de Stairway to Heaven ont inspiré toute une génération de prof de métho. Pendant un cours le prof nous parlait du politique, qui se définit grosso modo selon lui par ce qui se retrouve entre 2 ou plusieurs individus. Il embarque alors sur ce qui semble être un de ses sujets de prédilection (avec le pouvoir) : l’équivocité. Le sens multiple d’un mot et comment les différences de perception peuvent façonner nos rapports et la société. Je me suis dis qu’au fond c’est comme un tag sur le net. Un mot clé similaire peut être utilisé dans plusieurs textes, billets ou vidéos au contenu (sens) différent, ce qui crée une équivocité. Je me suis ensuite dit que le contenu pouvait avoir plusieurs tags, et qu’on pouvait faire des recoupements et certaines catégories, et que socialement en dehors du web on pouvait sensiblement utiliser les mêmes shèmes. Je me suis alors posée des questions sur la micro-société qu’est le web en général et comment ce support peu éclairer certains rapports politiques. Je n’ai pas levé ma main pour amener la discussion dans cette voie, j’ai eu peur d’avoir l’air une freak-geek, à parler comme ça de tag et d’équivocité.


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