Sortie dominicale en famille

mars 16, 2009

J’adore les sorties en famille, surtout quand c’est la frangine qui invite. Cette semaine, elle nous a traîné, mon frère et moi, à la manif du COBP contre la brutalité policière. Je sors de chez moi et à vue de nez, la température est idéale pour une marche dans la rue.

Je m’engouffre dans le métro avec du techno dans les oreilles. Il est 13h30. En entrant dans mon train, je croise des amis de Trois-Rivières qui sont descendus à Montréal pour la manif, et je croise plusieurs autres personnes qui semblent se diriger vers la manif. Entre la station Berri-UQAM et Sherbrooke, le métro s’arrête soudainement. On dit dans l’interphone qu’il s’agit d’un problème technique, que ça devrait bientôt être réglé. Nous attendons un bon 20 minutes et quelqu’un (qui ne ressemble pas du tout à un manifestant mais plus à un consommateur de chez Simons, mais who knows) décide de sortir sur la rame de métro et de courir jusqu’à la station Sherbrooke, qui est à 2 pas. Personne ne suit son exemple, ça peut être dangereux. On nous dit finalement dans l’interphone que nous allons reculer jusqu’à la station Berri et sortir. Le train commence à reculer un peu et s’arrête. Les lumières s’éteignent, l’air est chaud et asphyxiant. Un bébé pleure.

5 minutes plus tard, un opérateur vient dans notre wagon et nous demande une faveur troublante :
« Je sais que ça va vous paraître bizarre, mais j’ai un truc à vous demander… ».
Un gars à côté de moi s’exclame « C’est quoi, vous allez nous faire pousser le wagon?? ».
« …. Ben… En fait, on vous demanderait tous de pousser avec vos pieds sur le plancher pour donner un élan au train. Nous sommes sur un petit plateau et ça empêche le train de reculer, il manque juste un peu de distance pour que ça fonctionne… ».

Han?
Gros éclats de rire.
Sans plus de cérémonie, le type part et tout le monde se met à pousser avec ses pieds… Pas besoin d’avoir un Bac en physique pour comprendre que si tout le monde pousse sans être coordonné entre les wagons, ça ne fonctionnera pas. Et même à ça.

Finalement, les gens se dirigent vers le wagon du fond et nous descendons dans la rame de métro par un marche-pied tenu par un policier. Près du marche-pied je croise le p’tit frère (qui est déjà plus grand que moi) avec ses amis, on rit ensemble, on se dirige prestement vers la station Sherbrooke et je pars l’initiative de scander « À qui le métro? À nous le métro! ».

Plus tard, on apprend que la raison officielle de l’arrêt serait qu’un manifestant aurait actionné la sonnette d’alarme du métro. Euh? On aurait entendu une sonnerie non? Je ne suis habituellement pas fan des théories paranoïaques, mais là c’est un peu n’importe quoi et j’adhère à la thèse que le métro a été volontairement stoppé par les autorités à cause de la manif.

Nous arrivons finalement au point de rassemblement, dont toutes les entrées (y compris l’intérieur du métro Mont-Royal…) sont bloquées par les anti-émeutes qui arrêtent tous les gens qui ont des bannières ou des pancartes parce que c’est considéré comme dangereux même si ce n’est pas illégal. Issshh… Bonne façon d’échauffer un peu les esprits.

Je croise la frangine devant un cordon de policier sur Mont-Royal et elle me demande de tenir la bannière de devant parce qu’une des personnes qui la tient doit faire un truc. Je suis devant le cordon avec la bannière, les appareils photos flashent. Hum. On nous dit qu’on ne peut pas passer. L’autre fille qui tient la bannière me lance presque son bout en décampant et on me hurle « Trouve quelqu’un d’autre, on passe par l’autre bord! ». Euh. Bon. Ok. Je suis un peu perdue, ça hurle de partout et des gens lancent des trucs lourds sur le cordon de policier. Pas mon département, moi je lance juste des roses sur les policiers pendant ce genre manif. Je file vers l’autre bord avec la bannière. Les organisateurs me disent de me mettre en avant et une autre personne prend l’autre bout.

Je vois la personne. Ooooh shit. Un de mes vieux « ennemis politique » qui date de mon implication au cégep du Vieux. On n’en perd jamais une pour s’insulter, et il fait parti d’une organisation que je déteste et qui me le rend bien. Il me regarde, réalise qui je suis et me fait un grand sourire narquois. « Qu’est-ce que je ferais pas pour la famille, ein?? », que je lui hurle. Pourtant, pendant la demi-heure que le parcours a duré, c’était un de ces instants rares et cristallisés où nous sommes soudainement devenus solidaires dans ce qui se passait autour, à croire que le passé n’existait plus entre nous 2.

Nous déambulons sur Saint-Denis. Il fait beau, chaud. Les gens prennent une bière sur des terrasses et je caresse vaguement l’idée de faire ça moi aussi. Je suis de bonne humeur, tout est presque calme et on se croirait dans une manif normale. Toutefois, je l’ai appris par la suite, c’est l’apocalypse derrière, les gens cassent tout et les policiers divisent les manifestants. Un gars s’est même fait rouler sur la main par une voiture de police. C’est une manif très chaotique (entre autre à cause des policiers et de certains manifestants plus échauffés) qui est dure à diriger même si les organisateurs/trices sont présents pendant une partie de la manif.

Au coin Saint-Denis/Sherbrooke, la manif se splite en plusieurs morceaux. Je me promène un peu. Je vois un caméraman (de rad-can si je me souviens bien) avec un casque de hockey rouge écrit Press dessus, sur lequel sont recroquevillés un preneur de son et un journaliste bien vêtu. Ils avancent tous lentement, les genoux un peu fléchit et les 3 bien soudés. Je suis héberluée et hilare. Ben voyons donc! On est pas en Irak! Ou à Beyrouth.

Je cherche pour voir si il y a des arrestations de masse et voir si mon frère est dedans. Je vois un cordon de 20 policiers devant la station Sherbrooke. Je m’avance et je regarde derrière. Un des flic, débonnaire, me lance « Coudonc mademoiselle, êtes-vous en train de magasiner? ». Je me retourne en disant que je me cherche justement une matraque et je me promène devant eux en regardant leurs matraques et en commentant. Il a l’air de me trouver bien comique et me conseille de me « transformer en courant d’air » et en sous-entendant que je pourrais être arrêté. Je lui rétorque qu’il ne peut quand même pas m’arrêter parce que je suis sur le trottoir… Mais je m’éloigne quand même et il me lance un « bonne journée, mademoiselle! » plein de bonhomie. Presque sympathique.

Je marche vers l’Ouest et je tombe sur des amis, on se dirige vers Sainte-Catherine. Là, c’est le chaos. Un gros tas de gens sont encerclés et arrêtés, j’essaie de voir si j’en reconnais. On va ensuite vers la place des arts. Woa. Pleins de barricades, des morceaux de briques partout, etc. On glande un peu, on rigole des policiers qui sont dans le buidling Desjardins et on part vers le centre-sud manger.

Bon, c’était assez intense, je n’avais jamais vu ça. Pour citer le COBP :

« Dès le vendredi soir, la Gendarmerie Royale du Canada a réussi à convaincre le café-bar l’Escalier de fermer ses portes alors qu’une activité de financement pour le COBP y était organisée. Dimanche, avant même le départ de la marche, le ton était donné alors que de nombreux protestataires étaient fouillés illégalement, certains même brutalisés par des policiers dont le numéro de matricule était dissimulé. Au moins cinq individus ont d’ailleurs été arrêtés alors qu’ils n’enfreignaient aucune loi. Vingt minutes avant l’heure de ralliement, le métro de Montréal a été fermé entre les stations Berri-UQAM et Beaubien, et certains agents du SPVM en profitaient au métro Sherbrooke pour intimider et menacer de violences physiques quiconque irait à la manifestation. Malgré tous ces inconvénients et les discours démagogiques tenus par les responsables policiers la semaine dernière, le rassemblement a été le plus populeux de l’histoire du 15 mars, avec une participation minimale de 2000 personnes. ».

Toutefois, disons que certains manifestants n’ont pas fait dans la dentelle. Je trouve ça poche pour le COBP, qui planche sur d’autres dossiers pertinents mais qui voit son travail et sa crédibilité un peu détruits par ce genre d’attitude, et ça détourne l’attention sur d’autres enjeux que les revendications de la manif. Pour reciter le COBP :

« Nous espérons sincèrement que les médias prendront le temps de discuter sérieusement des graves enjeux que nous avons tenté de communiquer aujourd’hui à l’ensemble de la population. Le meurtre de Fredy Villanueva est certes chargé en émotion, mais il est surtout révélateur d’un problème plus large, l’impunité policière. Depuis 1987, 43 personnes ont été tuées par des agents du SPVM qui n’ont jamais été condamnés, dans aucun de ces cas, ni pour meurtre ni pour homicide involontaire. Depuis 2001, le Taser a été impliqué dans plus de 300 morts en Amérique du Nord. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec a aussi reconnu la police montréalaise coupable de profilage racial l’année dernière. Quotidiennement, les pauvres, les immigrants, les marginaux et les protestataires sont victimes d’abus illégitimes de la part des polices à travers le monde. Nous serons donc encore là, toute l’année, pour surveiller le travail des policiers et le 15 mars 2010 pour souligner la 14e Journée internationale contre la brutalité policière. ».

Mais en même temps, jusqu’à quel point peut-on contrôler ce qui se passe… Quand les manifestants sont encadrés par ceux-mêmes qu’ils dénoncent, c’est assez difficile.

MAJ : et pendant ce temps à New York.


Recycling story 2

mars 4, 2009

Yah, j’ai réussi!

Il n’y a rien de tel que d’avoir les 2 pieds sur un coussin, confortablement enfoncée dans un fauteuil avec la bière de la fin d’une dure journée de labeur et le corps tout réchauffé par une douche chaude… Pour se faire appeler par une amie, discuter de politique étudiante tout en potinant et perdre le fil du chouette billet qu’on voulait écrire sur c’est comment travailler dans le recyclage aux jeux du Québec.

Ok je me lance. Ok je vais fumer une cigarette avant.

Hya. Bon. Je travaille sporadiquement comme cheffe d’équipe pour une entreprise d’économie sociale spécialisée dans la gestion de matières dans les grands évènements au Québec, genre le Nascar ou le festival équestre de Valleyfield. On s’y amuse beaucoup, même si il y a quelques ratés qui ressemblent à ça.

La cie a loué une maison à Blainville durant les jeux du Québec. Cette ville et celles autour (Sainte-Thérèse, Rosemère) semblent avoir été conçues par des urbanistes adoptant le style « flaque de vomis étalée », qui caractérise d’ailleurs de façon alarmante certaines parties du territoire québécois : quartiers résidentiels standardisés (le Royaume du Public-sac, pour citer un des chef d’équipe) avec quelques centres éparts traversés par des boulevards pleins de Mail et de « Faubourg », des concessionnaires de chars, des dépanneurs et des fast-food, ainsi que les inévitables commerces à l’architecture déprimante. Bien sûr, ce genre d’endroit est le paradis du déplacement à voiture et est agencé comme tel.

J’ai pu voir ce coin relativement en détails car les jeux du Québec se déroulent sur plusieurs sites distancés l’un de l’autre dans le triangles des villes sus mentionnées. Notre activité verte se divise en 2 : faire la tournée des bacs de recyclages dispersés dans notre zone pour les vider et, surtout, aider les gens à faire le tri des cabarets à la cafétéria dans 4 types de bac. Il y a le compost, les ustensiles, les autres matières recyclables (plastique, verre, carton, aluminium, tétra-pack, etc) et la poubelle. À côté de nous, il y a habituellement un set de matantes sympathiques du club de l’âge d’or qui lavent les cabarets une fois vidés. Elles papotent la plupart du temps sur leurs petits-enfants qui viennent de se marier.

Durant mes 2 premières journées (je fais de 6hre à 15hre) dans ma zone, l’évènement marquant était le chef organisateur de ma zone, qui me traquait sans relâche parce que je n’avais pas mon accréditation (genre de badge qu’on s’attache autour du cou pour autoriser notre présence sur le site des jeux). À chaque fois qu’il me croisait il me rappelait de la faire faire en me disant qu’il « allait en référer au central », et dressait ensuite à haute voix aux gens autour de lui un portrait peu édifiant de cette-jeune-femme-du-recyclage-qui-n’a-toujours-pas-son-accréditation-mais-qu’on-reconnait-quand-même-grâce-à-sa-tuque-rouge-faque-on-est-gentil-et-on-la-laisse-entrer-mais-Dieu-qu’elle-n’a-pas-d’allure. Fasciste. Si tu me laisses pas entrer, ta cafétéria va exploser de déchets.

Il y a aussi des gens sympathiques, comme le concierge ou bien les athlètes et les bénévoles. Ils ont vraiment l’air heureux qu’on fasse tout ça, surtout les athlètes. Il y a un aspect intéressant dans cet événement que je retrouve peu dans les autres : une plus grande responsibilisation et autonomie de chaque personne par rapport aux déchets et aux matières recyclables.

Habituellement, on se statche derrière les mouvements de la foule pour ratisser au fur et à mesure toutes les matières qu’elle laisse traîner (par terre ou dans des estrades). On dirait que les gens laissent tomber leurs déchets et qu’ils oublient que ça existe. « Je te laisse là, tu disparais de mon champs sensoriel donc tu n’existes plus. ».
Et pour citer Gorz :

 « À force de monétariser, de professionaliser, de transformer en emplois les rares activités d’autoproductions et d’autoservices que nous assumons nous-mêmes, ne réduit-on pas, jusqu’à finalement l’anéantir, notre capacité à nous prendre en charge nous-mêmes, sapant ainsi les fondements de l’autonomie existentielle mais aussi les fondements de la socialité vécue et du tissu relationnel? »

Exemple concret : on peut passer environ 8 heures dans un événement à ramasser les matières que les gens laissent traîner (le pire que j’ai vu est le Grand Prix du Canada à Montréal). On me paye pour faire une action à la place des autres. C’est plein de petites secondes accumulées par chaque individu qui ne jette pas ses trucs dans les bacs, et la société débourse pour ça. C’est assez fou quand on y pense.
Ici, les gens font eux-mêmes le tri de leurs cabarets et des déchets et du recyclage dans leur chambre. On a l’impression de réellement sensibiliser…


Recycling story 1

mars 4, 2009

Je suis actuellement aux Jeux du Québec à Blainville/Sainte-Thérère/Rosemère pour faire du recyclage/compost dans les cafétérias et sur les sites de compétition. J’ai écrit un billet hier sur ça, mais j’ai certains problèmes pour trouver une connexion qui s’ajuste à mon laptop et une clé USB. Le billet va donc attendre, mais j’ai quand même envie de vous pondre des extraits de discussions qui parsèment mes journées. Je suis dans une longue pause avant le dîner donc ça me donne quelque chose à faire…

Extrait d’une discussion avec des gars dont la job habituelle est de faire des pavés, et qui lavent bénévolement les cabarets à côté de moi:

Moi : “Tu n’as jamais considéré l’idée de coucher avec un homme pour voir c’est comment?”

Gars #1 : Face de dégoût ” Non, l’idée ne m’a jamais traversé l’esprit!!”

Gars #2 : “De quoi vous parlez?”

Moi : “Je considère la pertinence de l’idée de coucher avec quelqu’un du même sexe que soi.”

Gars #2 : L’air de me trouver louche :”Tu y a déjà pensé, tu l’as déjà fait toi?”

Moi : “Oui, plusieurs fois.”

Gars #1 : demandant à être rassuré “Mais t’aime mieux juste coucher avec les hommes finalement hein??”

Moi : “J’aime mieux les hommes je pense, mais c’est le fun avec une femme de temps en temps.”

Étrangement, ils étaient moins sympathiques avec moi après. Avant cette discussion je leur parlais des différences que j’ai remarqué entre les bars de danseuses et de danseurs, ça les intéressait plus. Vive Blainville.

Le concierge de l’école secondaire où je travaille, qui est un être formidable :

Il est sur sa genre de zamboni, dont la fonction est supposée être de nettoyer les planchers.
Moi :”Ouin, tu travailles fort!”

Concierge :”Ouais, ça me tente pas de marcher pour aller à l’autre bout du couloir.”

Moi :”Le travail, c’est un cadavre.”

Lui :”En plein ça!”

Une bénévole et moi sommes en train de regarder l’entraîneur d’haltérophilie d’une délégation, qui est énorme :

Moi : “Comment quelqu’un d’aussi gros peut-il être entraîneur? Il n’a probablement jamais fait de sports de sa vie!”

La bénévole : “Peut-être qu’il se soulève lui même, et qu’il entraîne ses jeunes à le soulever…”

Devant le bac roulant de compost :
Athlète : “Le bol va dans le compost? Mais il a l’air d’être en plastique!”

Moi : “Il est en amidon de maïs, regarde le sigle en dessous. Il est donc bio-dégradable.”

Lui : “Ça veut tu dire qu’on peut le manger?”

Le concierge, qui moppe derrière mes bacs :
Lui : “Ciboire, tu me donnes de la job en criss!”

Moi : “Bah tsé, si je trashais pas un peu mon entourage, tu n’aurais rien à nettoyer donc tu n’aurais plus de sens à ton existence!”

Lui : “Baveuse… Si tu continues je te jette dans ton conteneur dehors.”

Moi : “Si tu fais ça, je cours dans tous les couloirs pour déchirer tes sacs de poubelle et je répand le contenu partout.”

Lui : “Tu feras ça, je m’en fou, je demanderai au gars de soir de nettoyer.”


L’équivocité du tag

janvier 31, 2009

Les institutions d’enseignements comptent toujours 2-3 freak dans leur corps professoral, qui ont toujours l’air d’évoluer dans un autre champ perceptif que la « normalité », une autre strate de la réalité que le simple profane a parfois de la difficulté à défricher.

Non seulement ce type de professeurs tient des théories étranges, mais la façon dont ils conçoivent leur cours en est représentative, tout comme leurs intéractions en général. Le premier du genre qui a croisé ma vie est un prof de métho/historiographie au cégep du Vieux Montréal, lors de ma première session en histoire et civilisation. Un type complètement sauté, dans le bon sens du terme. Son leitmotiv était que « le postulat est à la science ce que le dogme est à la religion », et il faisait toujours de sempiternels jeux de mots ou de sonorité avec les noms d’historiens : Cicéron c’est pas carré, Toynbee or not Toynbee, Bôôdin… Il soutenait être un péri-para-néo-anti-postmoderniste, et ponctuait ses interventions avec des quote de chansons de Led Zeppelin, sa préférée étant Cause you know sometimes words have two meanings. Notre examen de fin de session consistait à réfuter une thèse d’un historien assez connu (Paul Veyne) sur l’historiographie. C’est donc dire que sa priorité numéro un était de stimuler notre esprit critique et une vague pédanterie chez ses étudiants.

Lors de ma première session en science-politique, je suis tombée sur un professeur de recherche et méthodologie encore plus étrange. Apparemment, le sujet supposément sérieux et structurant qu’est la méthodologie en science humaine attire les éclatés de tout accabit. On dirait qu’il existe 2 catégories générales de prof de métho : celle où les profs t’enseignent la logique hypothético-inductive et dérive sur le pouvoir informel dans les strutures hiérarchiques pour finalement te balancer que l’affect est le ciment de la communauté sociale, alors que l’autre catégorie discoure platement sur la supposée neutralité qu’il faut atteindre avec la question de recherche et tente de nous inculquer de bonnes valeurs positivistes.

Au premier cours, le prof uqamien commence vaguement à nous parler du plan de cours, il a l’air de trouver ça aussi ennuyant que n’importe quelle personne normalement constituée qui doit subir cette explication à chaque début de session. C’est probablement pour ça qu’il s’est permis de provoquer un peu en mettant cette citation sur la première page du plan : “Rigueur scientifique, méthode de vérification, approches rigoureuses, vérité, réalité, critère de pertinence, faits, évènements, individus, etc. À quoi rime cette quête? À rien puisque la mort vient tout gommer. Ne perdons pas notre temps dans une quête vaine et inutile. On ne sera pas plus vivant; on n’existera pas davantage. Au contraire. Tout ça, c’est aussi la mort!”. Aie-je besoin de préciser qu’il pine des citations de Cioran sur le babillard à côté de la porte de son bureau?

Ensuite il nous explique comment il perçoit le l’espace-temps du cours et de sa classe. En fait, ce n’est pas sa classe, c’est notre classe. Les seules règles sont le respects dans les interventions, et on peut soutenir n’importe quelle thèse, quelle soit rasciste ou non, mais en assumer les conséquences. Il commence alors à discourir sur le politique et la science, ce qui nous permet de jauger sa méthode pédagogique.

La maïeutique, appliquée dans ses extrêmes. Par extrêmes, je veux dire qu’il ne fait pas comme la majorité des profs qui posent des questions à la classe seulement pour tester leur connaissance factuelles sur certains points, du genre « Que s’est-il passé en 1453? ». Non, avec lui, on peut faire dériver le cours où on veut. Il veut qu’on le confronte, qu’on fasse des liens vers d’autres concepts ou situations, bref qu’on dérive en dehors du cadre du cours pour y mettre un peu de nous. Il veut savoir ce qu’on pense, pour vrai, mais en même temps il nous guide comme un bateau de Christophe Colomb. Imaginez un rond. Il pose un point à quelque part et commence à zizgaguer dans plusieurs directions dans le rond à partir du point de départ, ce qui éclaire un peu l’ensemble. Au fur et à mesure qu’il prend une direction on voit qu’on peut l’amener ailleurs pour éclairer autre chose, et il nous laisse faire dans une certaine mesure. C’est vraiment de l’art.

Mais bon, apparemment, les paroles de Stairway to Heaven ont inspiré toute une génération de prof de métho. Pendant un cours le prof nous parlait du politique, qui se définit grosso modo selon lui par ce qui se retrouve entre 2 ou plusieurs individus. Il embarque alors sur ce qui semble être un de ses sujets de prédilection (avec le pouvoir) : l’équivocité. Le sens multiple d’un mot et comment les différences de perception peuvent façonner nos rapports et la société. Je me suis dis qu’au fond c’est comme un tag sur le net. Un mot clé similaire peut être utilisé dans plusieurs textes, billets ou vidéos au contenu (sens) différent, ce qui crée une équivocité. Je me suis ensuite dit que le contenu pouvait avoir plusieurs tags, et qu’on pouvait faire des recoupements et certaines catégories, et que socialement en dehors du web on pouvait sensiblement utiliser les mêmes shèmes. Je me suis alors posée des questions sur la micro-société qu’est le web en général et comment ce support peu éclairer certains rapports politiques. Je n’ai pas levé ma main pour amener la discussion dans cette voie, j’ai eu peur d’avoir l’air une freak-geek, à parler comme ça de tag et d’équivocité.


Faux point de départ

janvier 24, 2009

J’imagine que le premier billet est toujours le plus difficile, du moins ce l’est pour moi. On se demande ce qu’on va écrire, si ça va être fluide et pertinent et tout. Un blogue est à la base un outil de création et d’expression de son identité. Là, c’est un peu comme si je naissais. Le premier billet. Ensuite, bien sûr, tous mes billets s’accumuleront et me créeront une certaine identité virtuellement accessible, je vais modifier mon blogue pour le rendre « plusse comme moi »… Mais le premier là, le point de part où tu démarres pour foutre ton identité à quelque part. Ou peut-être que j’ai juste trop de chose à dire.

Tiens, l’autre fois dans le métro (j’adore regarder les gens dans le métro ou quand je marche dans la rue, créer des catégories et m’imaginer ce qu’ils font dans la vie) j’ai eu devant moi la quintessence de l’accommodement raisonnable, dont l’avatar était un japonais de 5 pieds 9. Il avait un I-pod, des pesudo-souliers de marche Reebook, une veste trandy et des jeans. Il lisait un livre de Haiku.

J’ai presque eu envie de l’aborder pour lui dire qu’il fitterait parfaitement dans une pub du gouvernement du Québec sur l’intégration et l’immigration. Évidemment, je n’ai rien fait. Les gens ont la potentialité très ouverte de s’observer et de se parler dans le métro et je pense que ça les gêne, ça doit être pour ça qu’on met de jolies pub et des écrans de télé partout. Mais il y a certaines exceptions. Il y a 2 ans une de mes bonnes amies et coloc se promenait avec mon ex (et le sien aussi, d’ailleurs nous sommes allés en voyage ensemble récemment, oui oui ça a très bien été) et ils ont pris le métro. Les 2 discutent du vide existentiel et de ce qui peut en découler pour l’être humain, et lui soutient la thèse que les gens ont peur d’aborder cette question. Pour lui prouver et probablement pour l’impressionner un peu, il se lève et crie :

« SAVEZ-VOUS CE QUE VOUS FAITES DANS CE MONDE?? »

En plein milieu du wagon. Regards gênés, sauf une jeune dame qui répond « Non. » sur un ton ferme et volontaire. Au moins, elle est honnête.


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